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Piscines au meilleur prix
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Au début de l’été, alors qu’un nouvel épisode de canicule frappe la France, Jean-Louis Desjoyaux slalome en voiturette de golf entre d’immenses hangars d’où s’échappent le ronflement des presses à injection et l’odeur âcre du plastique chauffé. Des bassins de démonstration et le panneau tricolore de la marque à son nom rappellent que l’entreprise est le numéro un mondial de la piscine enterrée.
Visserie, tuyaux plats, skimmers de filtration, palettes de transport : tout ou presque est fabriqué sur place. Avec une fierté à peine contenue, l’entrepreneur de 73 ans pénètre dans le bâtiment flambant neuf de l’atelier de calandrage. La fabrication de moteurs à trois vitesses et de pompes basse consommation – son huitième métier – est sur le point de démarrer.
Financée par un plan d’investissement de 50 millions d’euros déployé sur cinq ans, elle permettra à Piscines Desjoyaux d’atteindre « la souveraineté industrielle à 100 % d’ici à fin 2027 ». Un pari audacieux mais assumé dans un secteur qui a massivement délocalisé depuis vingt ans. « Mon père disait toujours : si tu veux faire quelque chose de bien, fais-le toi-même », résume le PDG en coupant le contact.
Depuis soixante ans, à La Fouillouse, une bourgade de la Loire coincée entre Saint-Etienne et ses collines, les Desjoyaux produisent les « vacances à la maison des Français » et défient la malédiction de la troisième génération, réputée dilapider la fortune familiale. La relève est assurée par Nicolas et Fanny Desjoyaux qui tiennent, respectivement, la direction générale et la communication aux côtés du patriarche, toujours aussi investi dans l’affaire de leur vie.
Tout a démarré à l’été 1966. Jean Desjoyaux, entrepreneur en maçonnerie à Cuzieu, construit de ses mains une piscine pour ses enfants, Catherine, Jean-Louis et Pierre-Louis. Ce symbole du rêve américain, encore réservé aux happy few en Europe, tient du mirage pour les familles ouvrières locales.
Au village, le bassin aimante aussitôt les voisins et devient le lieu où l’on rit et s’éclabousse. De cette convivialité populaire naît chez le maçon une ambition : démocratiser la piscine.
Aujourd’hui, la France campe dans le trio de tête des pays les plus équipés, derrière les Etats-Unis et devant le Brésil, avec 3,6 millions de bassins installés. Sous l’effet du réchauffement climatique, cette passion nationale a gagné tout l’Hexagone.
L’entreprise fondée par Jean Desjoyaux domine quant à elle le marché mondial des bassins enterrés. Depuis sa création, la PME a vendu 270.000 piscines de toutes tailles et formats et table cette année sur un chiffre d’affaires proche de 100 millions d’euros pour 6.600 bassins livrés.
La relève est assurée par Nicolas et Fanny Desjoyaux qui tiennent, respectivement, la direction générale et la communication aux côtés de Jean-Louis Desjoyaux, aux commandes depuis 1987.
La marque brille dans 87 pays, est diffusée par 180 concessionnaires exclusifs en France et 400 dans le monde. Et à La Fouillouse, son unique usine tourne désormais 24 heures sur 24 avec 180 salariés.
Une fièvre innovatrice marque les deux premières décennies du pisciniste. En 1978, il invente le coffrage permanent en polypropylène : ses bassins ne sont plus coulés sur place mais voyagent en kit.
Rebelote en 1983 avec une rupture majeure : la filtration par membrane sans canalisation. Intégrée à la paroi, elle supprime les tuyaux, simplifie l’installation et réduit drastiquement la consommation d’eau et d’énergie.
En 1992, Jean-Louis Desjoyaux, aux commandes depuis 1987, injecte du plastique recyclé issu de déchets ménagers et industriels dans la fabrication de ses coffrages. Trente ans avant que l’écologie ne devienne un argument marketing. La même année, pour gagner en visibilité en tant qu’industriel de la piscine, la société entre en Bourse où elle conserve encore aujourd’hui un flottant de 30 %.
Couplées à un solide réseau de distribution, ces innovations lui donnent des ailes. La PME densifie son maillage européen en Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Hongrie et au Royaume-Uni. Ses bassins en kit lui ouvrent aussi les portes des Etats-Unis, du Brésil – devenu son troisième marché – ainsi que du Maroc, du Cameroun et surtout de tout l’arc du Golfe (Qatar, Koweït, Irak, Egypte, Arabie saoudite) où la demande en piscines de grand standing et de bassins d’hôtels XXL explose.
L’an dernier, Desjoyaux a ainsi finalisé une piscine lagon de 4.300 m² en bord de mer en Egypte et vient de livrer en Arabie saoudite trois lacs artificiels de 4.250 m². Historiquement centrée sur la piscine individuelle, la marque opère aussi désormais sur le marché des bassins collectifs pour campings et hôtels.
En partenariat avec Huttopia, le réseau français de campings de pleine nature, elle a implanté deux piscines collectives près de Shanghai et complète un projet à Veluwe aux Pays-Bas. « Notre objectif est de réaliser 50 % de notre chiffre d’affaires à l’export à court terme, contre 40 % aujourd’hui », projette Nicolas Desjoyaux.
Si le coeur battant des Desjoyaux continue de se jouer dans les bassins, l’industriel ligérien est aussi devenu à bas bruit une référence de la plasturgie et de l’économie circulaire. Une trajectoire amorcée avec les palettes de transport qu’il décide de produire en plastique recyclé plutôt qu’en bois.
Grâce à un centre de tri et de recyclage entièrement robotisé, il peut produire 12 tonnes de plastique extrudé par jour et traite chaque année 6.000 tonnes de polypropylène et 5.000 tonnes de polyéthylène, à partir de déchets collectés en Rhône-Alpes. Assez pour couvrir ses besoins et revendre l’excédent aux acteurs de la distribution et de la logistique.
Hyperconcurrentiel, le marché des piscines pèse, en France, entre 3,1 et 3,5 milliards d’euros.
Parallèlement, l’atelier de calandrage qui usine des feuilles en PVC souple – les liners – pour tapisser le fond et les parois des piscines et leur donner leur couleur peut dérouler 5 millions de mètres carrés de PVC par an. Bien plus que le million nécessaire à ses propres besoins.
Dès cette année, le champion de l’économie circulaire prévoit de doubler sa production en fabriquant des feuilles plus épaisses en polyéthylène armé pour isoler les toitures. Un métier aujourd’hui trusté par le suisse Sika et le strasbourgeois Soprema. « C’est un marché immense de 120 millions de mètres carrés dont nous pouvons tirer, en sous-traitance, 20 à 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel », s’enthousiasme Jean-Louis Desjoyaux.
Malgré cette avance technologique et industrielle, l’entreprise évolue dans un univers hyperconcurrentiel. En France, où le marché pèse entre 3,1 et 3,5 milliards d’euros, elle partage les bassins en kit avec Waterair et affronte Magiline sur la piscine connectée, Alliance Piscines sur la coque, Diffazur sur le béton sur-mesure, ou encore Piscinelle sur le design compact.
Mais ses rivaux historiques restent les artisans maçons et les fabricants de coques en polyester, très agressifs et compétitifs sur les prix – 5.000 à 7.000 euros moins chers – pour une pose en trois jours à peine. Signe encourageant pour le secteur : les ventes des professionnels ont progressé de 3,5 % entre juillet et septembre 2025, et les devis de 7,5 %.
Cette dynamique n’efface pas les limites du modèle promu par Desjoyaux. Le bassin en kit reste sensible aux coûts de transport et aux variations de change. Aujourd’hui, l’instabilité géopolitique dans le Golfe risque de freiner certains projets, tandis que la dépendance à un site unique borne sa croissance, malgré une capacité portée à 25.000 piscines par an.
« Le Covid avait boosté notre activité, mais la guerre en Ukraine, le coût de l’énergie, le pool-bashing et le ralentissement de l’immobilier nous ont depuis pénalisés », reconnaît Nicolas Desjoyaux alors que les tensions sur les ressources en eau ne font que s’accentuer, alimentant les polémiques sur le remplissage des piscines individuelles.
Reste qu’aujourd’hui, la demande est de plus en plus corrélée aux caprices du mercure. « Les prises de contact sur notre site ont bondi de 118 % après la vague de chaleur de mai et les années de canicule notre chiffre d’affaires progresse en moyenne de 20 à 30 % », confirme Fanny Desjoyaux.
Pour marquer le coup de son entrée dans la sixième décennie, Desjoyaux a musclé sa communication. En mars 2026, la marque a diffusé sur TF1 et M6 une campagne générée par intelligence artificielle mettant en scène des chats plongeant dans l’eau pour vanter une offre à 14.950 euros, prolongeant sa signature : « La piscine dont on peut être fier ». Elle compte renouveler l’opération en septembre, autre temps fort de l’année avec le printemps, lorsque la clientèle échaudée par les températures estivales se décide à passer commande.
L’entreprise a également demandé à l’agence NellyRodi de réaliser une étude prospective, sur les Mémoires de piscine(s) & nouveaux imaginaires. « Une plongée pour comprendre comment le rapport des Français à la piscine a évolué, et surtout anticiper demain », résume Vincent Grégoire, directeur du pôle consommation de l’agence, chargé de l’étude.
Et une validation des pressentiments et projections du constructeur. « Nous avons très vite vu dans nos chiffres que la piscine a cessé d’être un marqueur de statut social pour devenir une aspiration collective, en dépit du pool-bashing ambiant lié aux débats écologiques », relate Nicolas Desjoyaux.
En 2026, la France compte cinq fois plus de piscines qu’au début des années 2000. Les recherches Google pour « piscine individuelle » ont bondi de 23 % en un an, et 40 % des propriétaires d’un terrain « piscinable » disent vouloir sauter le pas. « La piscine n’est plus simplement un endroit de performance où l’on nage. C’est un espace de bien-être, de transmission intergénérationnelle et un actif économique boosté par les locations saisonnières », observe Vincent Grégoire.
Le grand bassin bleu turquoise des années 1980 s’est aussi contracté pour devenir une pièce à vivre au quotidien, plus petite et plus conviviale. L’espace apéro du temps libre. « Depuis le début de l’année, nous avons livré 300 piscines au format mini de 4 × 3,5 mètres, d’une profondeur moyenne de 1,40 mètre », appuie Fanny Desjoyaux.
La piscine est aussi devenue un objet esthétique et personnalisable dont on choisit les formes, matières et couleurs et où la durabilité est reine. De plus en plus de consommateurs exigent une traçabilité et une garantie environnementale.
Des attentes auxquelles Desjoyaux s’est préparé avec son offre made in France et en plastique recyclé et ses futurs moteurs et pompes écoresponsables utilisables été comme hiver. Et surtout, avec ses liners qu’il est le seul pisciniste au monde à fabriquer de A à Z. « Nous travaillons déjà avec un designer sur une sélection de motifs et de coloris », confie Fanny Desjoyaux.
Avec à son actif un endettement négatif, Jean-Louis Desjoyaux n’entend rien freiner pour la suite. Le 9 octobre, la société fêtera ses 60 ans à La Fouillouse sous la bannière « 60 ans à faire des vagues ». Immortalisé enfant avec son frère et sa sœur dans le premier bassin paternel, l’entrepreneur compte bien continuer à surfer sur le succès et transmettre l’aventure à la quatrième génération, bravant crises, récessions et transition écologique.
Article paru le 25/08/2026 dans Les Echos
Journaliste : Bruna BASSINI