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Mercredi, 20 Septembre, 2017

Cette entreprise familiale, implantée dans la Loire rayonne à l'international.

 A 64 ans, Jean-Louis Desjoyaux a pourtant une autre passion : il est PDG du premier fabricant mondial de piscines. Présente dans 85 pays, l'entreprise Desjoyaux dont les usines et le siège se trouvent à La Fouillouse, non loin de Saint-Etienne a réalisé un chiffre d'affaires de 82 millions d'euros en 2016. Le patron compte bien renouer rapidement avec les 1oo millions qui avaient été atteints à la veille de la grande crise financière de 2008. Et se félicite de n'avoir jamais perdu d'argent durant toutes ces années.
Beau succès pour un ancien maçon – carreleur sans le bac qui a commencé en livrant des chantiers dans une camionnette 404. Sa réussite, c'est celle de toute une famille. Sa sœur Catherine, son frère Pierre-Louis et la plupart de leurs enfants travaillent avec lui. Formellement, il y a bien un conseil d'administration, mais «on se dit tout devant la machine à café ou au téléphone», confie le PDG.

 

De temps en temps, tout ce beau monde se retrouve à dix minutes du siège, à Chalain-le Comtal, village où Jean-Louis Desjoyaux  a une vaste propriété parsemée d'étangs. On peut y chasser sangliers, chevreuils, faisans, lièvres... Il y a aussi un élevage de 150 vaches charolaises dont s'occupe à plein temps sa fille Marie. Lors de ces petites fêtes, aucun n’embarras pour le choix des vins. Jean Louis Desjoyaux possède des vignes à Chavanay exploitées par son beau-frère Pierre Jandros, qui produit côte-rôtie, saint-Joseph et  condrieu  dans  le domaine des Terriens. Jean Louis trône au milieu du clan. «Je suis pour la démocratie tant qu'elle est autoritaire », dit-il d'un sourire entendu. Car le chef, c'est lui. Piscines Desjoyaux est dirigée par la troisième génération, et la quatrième est dans les startingblocks.

 

Tout a commencé avec l 'entreprise de maçonnerie et de carrelage de son grand père et de son père, Jean, mort il y a deux ans, à 87 ans , au volant de sa voiture en se rendant comme chaque jour à l'usine...«Quand j'étais petit, avant d'aller a l'école, j'aidais à charger les carreaux et je visitais les chantiers avec mon grand-père, raconte Jean- Louis Desjoyaux. A son pic, l'entreprise a employé jusqu'à 65 carreleurs. On faisait beaucoup de chantiers pour Casino dans toute la France. Nous sommes encore reconnaissants aux Guichard [NDLR :  fondateurs de Casino], car c'est grâce à eux que nous avons pu investir, en parallèle, dans les piscines. Une affaire qui, selon la légende, l'intéressé ne dément pas, débute quand son père, Jean, construit, en 1966 une piscine  pour ses trois enfants dans leur maison de week end. L'un de ses amis lui demande alors s'il ne veut pas lui en construire une. C'est ainsi  qu'à côté de l'activité bâtiment une filiale piscine est créée. Jean-Louis Desjoyaux rejoint l'aventure en 1971, à 17 ans et demi. Les débuts ne sont pas faciles. On a tout essayé le béton, le carrelage, le polyester, explique le PDG. On a même construit une piscine en bois pour Robert Herbin[NDLR : alors entraîneur de l'AS Sant -Etienne}.Elle s'est écroulée. Il a fallu tout refaire.» Résultat : l'entreprise, d'abord nommée Piscine du Forez, échappe de très peu à la faillite. Pourtant Jean Desjoyaux et son fils Jean-Louis ne lâchent rien. Ils se convainquent peu à peu que, pour réussir, il leur faut industrialiser la fabrication. A nouveau, ils vont tout essayer, jusqu'à breveter en 1978, une méthode : le «coffrage perdu». Autrement dit,  des étais en polyester laissés dans le ciment que l'on assemble comme des Lego. Ce qui permet de gagner du temps et d'obtenir toutes les formes désirées. La recette miracle est trouvée. Un peu plus tard, en 1983, une autre innovation, la filtration sans canalisation, assurera le succès des piscines Desjoyaux. Un réseau de concessionnaires exclusifs est peu à peu mis en place. Oubliée l'activité bâtiment, les Desjoyaux vont se consacrer uniquement aux piscines. «Pas celles que l'on voyait à Hollywood, mais celles de M.Tout-le-Monde.» Quand le père Desjoyaux cède à Jean-Louis le poste de président, en 1987, celui-ci s'empresse, avec l'aide de son frère Pierre-Louis, le commercial de la famille, d'ouvrir les marchés à l'exportation. Première cible : l'Espagne, où ce dernier s'installe avant de partir pour la Malaisie puis la Thaïlande, d'où il dirige encore l'ensemble de l'Asie, à l'exception de la Chine. Signe de succès, en 1992, Desjoyaux est introduit au second marché.

 

«Lego»

En 2016, l'entreprise de La Fouillouse a vendu près de 8000 piscines. «Aucune entreprise au monde ne produit autant de piscines que nous, explique Jean-Louis. Aux Etats-Unis, les gros fabricants n'en livrent pas plus d'une trentaine ou d'une quarantaine par an.» Le marché des piscines enterrées est en fait totalement éclaté entre des petits artisans maçons, des grands groupes du bâtiment et des spécialistes (Waterair, Alliance, Mondial...). Si Desjoyaux est numéro un, il le doit à ses «Lego», qui voyagent facilement et qui se déclinent en petits bassins où s'égaient papa, maman, les enfants et les copains, mais aussi en folies... Comme ce bassin de 780 mètres  carrés conçu pour un riche Laotien ou cet incroyable complexe pour le River Palm, à Marrakech. Desjoyaux vend ses piscines là où on ne l'attend pas forcément et subit parfois logiquement les hauts et les bas de la géopolitique (Tunisie, Turquie, Syrie...). A Cuba, son importateur n'est autre que Juan Ramon Chavez Guevara, le neveu du Che. Au Mexique, les narcotrafiquants font bander les yeux des installateurs qui se rendent dans leurs repères. L'Irak et l’Egypte restent étonnamment de gros clients. A Ramallah, en Cisjordanie, un bassin pour un parc aquatique est en cours d'achèvement. En France, le marché repart, même si Desjoyaux n' a toujours pas retrouvé son niveau de production d'avant 2008 (14 500 bassins). Pour y parvenir, les  Stéphanois lancent de nouveaux produits, comme cette piscine (7 mètres sur 3) à 14 500 euros, pose comprise, ou, d'ici peu, Kity, une piscine à monter soi-même.

 

Succession

«Après la crise, j'ai investi près de 50 millions d'euros», explique Jean-Louis Desjoyaux. Ici, on fabrique tout : coffrages, escaliers, postes de filtration, liners-ces enveloppes qui assurent l'étanchéité... Dans les ateliers où s'affairent des lignes de robots, les ouvriers sont rares. «Avec l'automatisation, mes coûts de revient ont baissé de 30% .Et je n'ai pas licencié.» Par quel miracle ?  En lançant de nouvelles fabrications, en particulier les abris de piscines. «Je n'ai pas touché non plus aux  dépenses de recherche et développement.» II y a deux ans, il a même déniché un Géo Trouve tout en la personne de Marc  Dejey, inventeur des ailes volantes. Les deux hommes travaillent sur un projet d'appareil de massage et un moteur miniature pour pompe. Toujours à l'affut de nouvelles idées, Jean Louis Desjoyaux s'apprête à agrandir son site industriel. Il négocie le rachat d'une portion de route à la commune, «Je veux que les enfants conservent un site d'un seul tenant», dit il, soudain sérieux. Vous avez dit succession...«Si, parmi mes enfants et mes neveux, personne ne s'était révélé capable de diriger l'entreprise, on aurait pris un manager ou vendu. Mon frère et  ma sœur étaient d'accord. Et nous serions riches. Desjoyaux vaut entre 120 et 150 millions d'euros.» L'action, qui, durant la crise, est tombée à 2,50  euros, affiche aujourd'hui un cours supérieur à 13 euros. Jean-Louis, avec sa sœur et son frère, possède 65 % de l'entreprise, 20% étant entre les mains d'investisseurs financiers et 15% dans le public. Tous trois sont aux manettes, à commencer par Catherine, 57 ans, directrice générale. Avec sa fille Marion, elle recherche des produits tendance (transats, douches, parasols...). Thomas, le fils de Catherine, est préposé aux achats et veille à la gamme de produits. Le frère du PDG, Pierre-Louis, 60 ans, vit, lui, à Phuket, en Thaïlande, avec femme et enfants. Il sillonne l'Asie pour apporter des contrats. Et c'est lui qui est à l'origine de la Mobipool, piscine flottante placée dans des lacs ou étangs impropres à la baignade. La première en France vient d'être installée à Roquebrune sur-Argens (Var), dans une propriété du prince de Monaco.

 

Enfin, dans la tribu Desjoyaux, last but not least , il y a les enfants du patron lui-même. Fanny, après un court passage à Europe 1, est chargée depuis  sept ans de la communication et du marketing. C'est à elle que l'on doit les campagnes de pub et la politique numérique du groupe (40 000 fans recensés). Son frère Nicolas a, lui, la lourde responsabilité du commercial, notamment à l'international. Pour la succession, même si ce n'est pas officiel, c'est apparemment lui qui tient la corde. Il parcourt le monde, comme l'avait fait son père auparavant. L'apprentissage de Nicolas, 36 ans a été rapide. A peine sorti de Sup de co Dijon, en 2004, il a été envoyé aux Etats-Unis. «Désormais, dit-il, nous avons les mêmes exigences en Moldavie  qu'à Manosque.» Son père, présent à l'entretien, approuve puis s'excuse : «Je dois aller à la ferme» , désignant ainsi sa maison. Il se rend sur le parking, où il est le seul à garer sa voiture à un endroit non affecté au stationnement, tout près de l’entrée. «C’était la place de mon père», dit-il. Ce sera peut-être, un jour, celle de Nicolas•

 

 

ANDRÉ TRENTIN – Le Point